Intelligence Artificielle : Mythes et Réalités

Le regard de l'expert

L’intelligence artificielle est très certainement le sujet le plus chaud de ces 5 dernières années, plus que les objets connectés ou le big data, c’est dire ! Si ce sujet est aussi abondamment traité en ce moment, c’est qu’il est très complexe et ouvre la porte à de nombreuses théories et prévisions plus ou moins fantaisistes : on nous promet aussi bien la quatrième révolution industrielle que l’extinction de la race humaine. Si cela peut vous rassurer, vous utilisez des IA sans le savoir depuis des dizaines d’années (ex : les techniques de Yield Management dans le transport aérien qui permettent d’ajuster automatiquement le prix d’un billet d’avion en fonction de la demande et de nombreux facteurs externes), et tout c’est à priori bien passé, non ?

Avec cet article, je souhaite vous aider à y voir plus clair et surtout à illustrer le potentiel des intelligences artificielles, un potentiel qui peut être exploité dès maintenant.

Genèse et définitions

Commençons par le commencement : l’intelligence artificielle est un concept technologique visant à utiliser les machines pour simuler l’intelligence humaine. Le disque vocal utilisé par AlloCiné depuis plus de deux décennies est un bon exemple d’intelligence simulée. Aujourd’hui, les intelligences artificielles sont toujours utilisées pour automatiser certaines tâches (ex : les chatbots sur les systèmes de messagerie), mais principalement pour traiter des grands volumes d’informations, tellement grands que ce n’est plus rentable de le faire faire par un humain (ex : associer des descriptions à des centaines de millions de photos).

Personnalisation listes produits

Les premières intelligences artificielles remontent aux années 50 avec les travaux d’Alan Turing, mais elles n’ont plus rien à voir avec celles qui sont actuellement exploitées. D’énormes progrès ont ainsi été réalisés, à la fois sur la puissance de calcul (votre smartphone est largement plus puissant que les ordinateurs de l’époque), sur les algorithmes (qui sont bien plus sophistiqués) et sur les jeux de données (3 zettabits de données seront échangés cette année, soit 10²¹ bits).

Nous avons donc à notre disposition à la fois plus de puissance, mais également beaucoup plus de données. Le problème est qu’avec le numérique, le volume de données croît de façon exponentielle : plus de canaux (smartphones, tablettes, TV et enceintes connectées…), plus de supports (Facebook, Instagram, WhatsApp, YouTube, Snapchat…), plus de conversations et de contenus partagés. Prendre en compte toutes ces données pour élaborer un plan d’actions marketing n’est physiquement plus réalisable, même avec une équipe dédiée. C’est là où les outils propulsés par des intelligences artificielles sont utiles : pour absorber cette masse gigantesque de données, pour l’analyser et pouvoir améliorer le ciblage des campagnes, optimiser les bannières, personnaliser les messages, piloter les enchères sur les mots-clés en temps réel…

Quels métiers sont concernés par l’intelligence artificielle ?

Dans le paragraphe précédent, je ne cite que des applications marketing ou publicitaires, mais les IA sont utiles dans de nombreux autres secteurs d’activité. Ainsi les métiers les plus impactés seront les suivants :

  • Radiologues : détection de cellules cancéreuses ;
  • Avocats : analyse de la jurisprudence ;
  • Support client : traitement des questions génériques ;
  • Assurance : identification des facteurs de risque et des profils suspects (ex : arnaques) ;
  • Banque : anticipation des besoins en fonction des dépenses
 (ex : crédit immobilier, recommandations patrimoniales)…

Potentiellement, tous les secteurs sont concernés à partir du moment où il faut exécuter des tâches répétitives et/ou analyser de grandes quantités de données. Mais ne vous laissez pas abuser, nous parlons ici d’IA faibles, celles qui ne savent faire qu’une seule tâche (ex : analyser des radios du poumon). Ainsi, et de façon paradoxale, un plombier ou une femme de ménage sont bien moins exposés au risque de remplacement qu’un cardiologue ou un juriste, car ils sont beaucoup plus polyvalents dans les tâches qu’ils ont à effectuer au quotidien.

Donc oui, certains métiers vont être mis sous pression, car les IA vont être capables de réaliser certaines tâches spécifiques de façon beaucoup plus efficace qu’un humain. Mais non, la généralisation des IA ne veut pas dire que les humains sont obsolètes : nous n’imaginons pas une machine annoncer à un patient qu’il a un cancer ! Machines et humains vont donc travailler de concert, comme c’est déjà le cas depuis de nombreuses années : les calculatrices et GPS ont été généralisé, et pourtant il y a toujours autant de comptables et de chauffeurs.

Encore une fois, ne vous laissez pas influencer par tous ces débats sur la singularité (un jalon de l’histoire de l’humanité à partir duquel les machines seront supérieures aux humains en tout point, devenant de facto l’espèce dominante de la planète), ça reste une notion complexe qui entraîne de nombreux débats et peurs (Faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle ?), mais qui n’est qu’une hypothèse : les plus grands spécialistes comme le patron de la R&D chez Google ne savent même pas si nous l’atteindrons un jour.

Comment les marques utilisent-elles l’intelligence artificielle ?

Il existe des domaines d’application très concrets dans l’usage des intelligences artificielles :

  • La reconnaissance d’image (pour pouvoir incruster des messages publicitaires directement dans une image en fonction de ce qu’elle représente) ;Reconnaissance d'image
  • La reconnaissance naturelle du langage (pour proposer un assistant conversationnel, notamment dans une bannière) ;Reconnaissance Langage
  • La détection de tendances ou d’anomalies dans de grands volumes de données (identification des profils atypiques…) ;Detection tendances
  • La création de micro-segments pour optimiser les offres faites aux internautes (ex : Allopneus augmente sa clientèle grâce à une offre promotionnelle) ;Micro segments
  • La personnalisation de messages en fonction du profil de l’internaute (ex : Décathlon avec ses newsletters) ;
    Personnalisation Messages
  • La personnalisation des listes de produits en fonction du profil de l’internaute (ex : Les Galeries Lafayette) ;
    Personnalisation listes produits
  • La rédaction de contenus (ex : description produit chez Darty à partir des caractéristiques techniques).
    Redaction de contenus

Comme vous pouvez le constater, de nombreux annonceurs ont déjà franchi le pas et exploitent l’intelligence artificielle pour améliorer la performance de leurs actions. Le plus intéressant dans tout ça, c’est qu’il existe en France un écosystème très dense de solutions reposant sur le machine learning (apprentissage automatique) ou le deep learning (apprentissage profond), vous pouvez donc faire jouer la préférence nationale !

Comment exploiter l’intelligence artificielle à votre échelle ?

Autant le dire tout de suite : choisir et mettre en œuvre un algorithme de machine learning pour analyser vos données est un travail extrêmement complexe qui nécessite des compétences bien particulières (les fameux data scientists). Ceci étant dit, ce n’est parce que vous n’avez pas ce type de compétences en interne que vous ne pouvez pas en bénéficier. Il existe ainsi un certain nombre de solutions prêtes à l’emploi pour vous aider à améliorer la finesse de vos analyses ou vos performances :

  • Les solutions de reconnaissance visuelle pour analyser le trafic en point de vente (nombre d’arrêts devant la vitrine, temps de regard moyen, nombre et types de visiteurs, temps de présence moyen dans le magasin, fréquentation des rayons…) comme celles proposées par Prism, 3D Counting ou AXIS ;
  • Les solutions d’optimisation de vos pages à l’aide de tests A/B comme celle proposée par AB Tasty ;
  • Les outils de création de chatbots comme BotNation

Un certain nombre de ces solutions sont listées sur mon blog (Panorama des solutions d’intelligence artificielle pour le marketing), n’hésitez pas à vous y référer si le sujet vous intrigue.

Yes you can!

Comme cela a déjà été dit plus haut : oui, l’intelligence artificielle est un domaine très vaste englobant des sujets très techniques comme le deep learning. Cependant, au même titre que vous vous adressez à un comptable pour faire votre comptabilité, vous pouvez dès maintenant vous adresser à des prestataires spécialisés pour vous accompagner dans la mise en œuvre de solutions concrètes et pragmatiques.

Conclusion : malgré tout ce que vous pouvez lire ou entendre, l’intelligence artificielle n’est pas de la futurologie, ce sont des technologies aujourd’hui bien maîtrisées qui peuvent avoir un impact significatif sur vos actions de communication et de fidélisation.

 

A propos de l’auteur :

unnamed (3)Consultant et conférencier, Frédéric Cavazza travaille dans les métiers de l’internet depuis près de 20 ans. Il accompagne les grandes marques européennes dans leur appropriation des supports numériques et leur transformation digitale. Il est également l’auteur de deux livres (« Social Business » et « Internet mobile ») et le rédacteur du blog FredCavazza.net.